Publié le 23 juin 2026 dans Actualité
C’est l’été. Dans le secteur associatif, cette période rime souvent avec deux extrêmes : le rush absolu des plaines de vacances, des stages et des festivals, ou le calme plat d’un secrétariat déserté. Si vous faites partie de celles et ceux qui s’apprêtent à lever le pied, une question cruciale se pose : allez-vous vraiment couper ?
Dans nos métiers de l’humain, de passion, de l’engagement et parfois de l'urgence sociale, la frontière entre vie pro et vie perso est souvent plus poreuse qu'ailleurs. On "porte" nos projets, nos bénéficiaires, nos valeurs. Résultat : on part en vacances avec son sac à dos... et toute la charge mentale de l'ASBL dedans.
Pour que votre pause soit véritablement salvatrice et vous évite le fameux burnout de la rentrée, voici 4 conseils concrets, validés par la science de la récupération.
La recherche en psychologie du travail (notamment les travaux de la chercheuse Sabine Sonnentag) démontre que ne pas travailler ne suffit pas pour récupérer. Un des facteurs clés est le détachement psychologique : la capacité à ne plus penser au travail.
Ce que dit la science : Ruminer ses dossiers professionnels pendant ses congés maintient le cortisol (l'hormone du stress) à un niveau élevé, annulant les bénéfices de la pause.
Des idées à tester selon vos possibilités :
Le rituel de clôture : Le dernier jour avant vos congés, notez TOUT ce qui est en cours sur un carnet ou un outil numérique partagé (Drive, Trello, ...) . Sortez-le de votre tête.
Le message d’absence "imperméable" : Ne dites pas "Je lirai mes mails de temps en temps". Indiquez clairement que vous n'aurez aucun accès à vos courriels et redirigez vers le secrétariat ou une personne de contact pour les urgences.
L'art du mail automatique : Le secret pour partir l'esprit tranquille ? Un message d'absence qui gère les attentes et structure l'urgence. Si vos partenaires, bénéficiaires ou donateurs savent exactement quoi faire en votre absence, ils ne chercheront pas à vous joindre sur votre numéro privé.
La délégation de signature (Focus Direction) : Un appel à projets crucial qui tombe en plein mois de juillet ? Une convention à renvoyer d'urgence pour ne pas bloquer un subside ? Pensez à déléguer temporairement une signature électronique à un·e administrateur·rice ou collègue resté·e au poste.
Le piège classique reste le smartphone professionnel (ou le compte Teams/Outlook installé sur le téléphone perso). Une étude de l’Université de Colombie-Britannique a suggéré que le simple fait de vérifier ses e-mails tout au long de la journée, même sans y répondre, maintient un niveau de stress diffus et nous empêche d'être pleinement présent avec nos proches.
Quelques pistes pour se préserver :
Désactivez les notifications des applications professionnelles. Mieux : désinstallez-les le temps des vacances. Si l'équipe doit vraiment vous joindre en cas de force majeure (ex: inondation des locaux, urgence juridique absolue), convenez d'un canal unique : le bon vieux coup de téléphone. Si ça ne sonne pas, c'est que tout va bien.
Le filet de sécurité opérationnel (Focus Coordination) : Assurez-vous que l'ASBL ne soit pas paralysée en votre absence. Vérifiez en amont que des personnes relais (un·e collègue ou un·e membre de l'Organe d'Administration) disposent des accès sécurisés indispensables : comptes bancaires, codes ou clés des locaux, et accès à la boîte mail principale.
Depuis 2023 en Belgique, le droit à la déconnexion est inscrit dans le Code du travail. Pour notre secteur (CP 329 notamment), cela rappelle que ne pas répondre aux sollicitations professionnelles en dehors des heures de travail, et d'autant plus pendant ses congés, est un droit légitime et reconnu.
Le modèle de récupération DRAMMA (un modèle scientifique sur les besoins de notre cerveau en vacances) identifie plusieurs leviers pour recharger ses batteries. Deux d'entre eux sont cruciaux : la relaxation et la maîtrise.
La relaxation : Privilégier des activités qui demandent peu d'efforts et ralentissent le rythme (lire un roman, écouter le bruit du vent, aller marcher sur des sentiers pédestres, ... ).
La maîtrise : Pratiquer quelque chose de stimulant mais sans aucun rapport avec le boulot (tester une nouvelle recette, faire de la poterie, s'essayer à un nouveau sport). Cela procure un sentiment d'accomplissement qui booste la dopamine, le tout sans le stress de la performance professionnelle.
Selon une étude publiée dans le Journal of Organizational Behavior, les bénéfices des vacances s'estompent souvent en deux à trois semaines si le retour au travail est brutal. C'est l'effet "rouleau compresseur" du lundi matin.
Des astuces pour "tricher" un peu :
Le jour tampon : Si votre agenda le permet, vous pouvez essayer de bloquer votre première journée de retour en refusant les réunions ou rendez-vous extérieurs. Cela vous laisse le temps de trier les e-mails et de prioriser votre semaine à votre rythme.
Prolonger virtuellement ses vacances : Une petite astuce consiste à indiquer dans votre message automatique une date de retour décalée d'une demi-journée ou d'un jour par rapport à votre retour réel. Cela vous donne une bouffée d'air pour traiter les urgences en coulisses.
Dans le secteur associatif, on oublie parfois que notre premier outil de travail, c'est nous-mêmes.S'accorder une pause – à la mesure de ce que nos structures permettent – n'est pas un luxe : c'est une nécessité pour maintenir notre créativité, notre empathie et notre énergie sur le long terme.
Bel été, bonne déconnexion, et au plaisir de vous rentrouver à la rentrée !