FINANCER SON ASBL AUTREMENT : QUELLES ALTERNATIVES AUX SUBSIDES PUBLICS ?

Publié le 29 septembre 2026 dans Financement


Les subsides publics constituent une source de financement importante pour de nombreuses associations. Mais dans un contexte où les financements se raréfient et où les besoins des associations restent nombreux, il peut être pertinent de ne pas dépendre d’une seule source de revenus.

Diversifier ses financements ne signifie pas nécessairement remplacer les subsides publics. Il s’agit plutôt de chercher un équilibre entre plusieurs ressources, en fonction de son projet, de son public, de ses capacités et de ses objectifs.

1. LES ACTIVITES GENERATRICES DE REVENUS : CREER SES PROPRES RESSOURCES

Une ASBL peut-elle vendre des biens ou des services ? Organiser une activité payante ? Proposer des formations ? Louer une salle ? Vendre des produits ?

Oui.

Le statut d’ASBL n’interdit pas l’exercice d’activités économiques ou commerciales. Les ASBL peuvent exercer des activités commerciales de manière illimitée. Ce qui les distingue d’une société commerciale, ce n’est donc pas l’absence d’activité lucrative, mais le fait qu’elles poursuivent un but désintéressé et ne peuvent pas distribuer d’avantages patrimoniaux à leurs membres.

Autrement dit : une ASBL peut générer des revenus, mais ceux-ci doivent contribuer à la réalisation de son but désintéressé.

Cela ouvre de nombreuses possibilités : organisation d’événements payants, formations, ventes, prestations de services, location d’espaces ou de matériel, ateliers, activités culturelles ou sportives…

La bonne question n’est donc pas seulement :

« Que pouvons-nous vendre ? »

Mais plutôt :

« Quelles activités pourraient à la fois générer des ressources et rester cohérentes avec notre mission ? »

Cette piste demande évidemment de réfléchir aux coûts, au temps nécessaire, à la fiscalité et aux éventuelles obligations liées à l’activité. Mais elle constitue une première manière de renforcer l’autonomie financière d’une association.

 2. LE FUNDRAISING PRIVE

Le fundraising privé désigne la recherche de financements auprès de particuliers, de fondations ou d’autres acteurs philanthropiques.

A. LES FONDATIONS

Lorsqu’on pense philanthropie,la Fondation Roi Baudouin vient rapidement à l’esprit. Elle constitue effectivement un acteur important, mais le paysage philanthropique belge est beaucoup plus vaste.

La Fédération belge des fondations philanthropiques propose notamment une base de données permettant de mieux comprendre cet écosystème et d’identifier les fondations actives dans différents domaines : culture, action sociale, environnement, recherche, éducation, santé, développement durable… → Découvrir la Fédération belge des fondations philanthropiques

L’enjeu est donc de trouver les fondations dont les priorités correspondent réellement à votre projet. Une piste très concrète est d'alors regarder qui finance déjà des projets proches du vôtre. Les rapports annuels des associations et fondations peuvent être une véritable mine d’informations. Ils permettent d’identifier les projets soutenus, les thématiques privilégiées et parfois les partenaires financiers mobilisés.

Plutôt que de chercher uniquement « quelles fondations financent les ASBL ? », commencez donc par vous demander :

« Qui finance déjà des projets qui ressemblent au nôtre ? »

Les fondations sont souvent particulièrement intéressantes pour des projets précis, innovants ou ponctuels, avec un objectif clairement défini. Le financement structurel n’est pas exclu, mais il est moins fréquent.

Dans tous les cas, il est essentiel de bien définir ce que l’on cherche à financer avant de partir à la recherche d’un financeur.

B. LES PARTICULIERS

Le fundraising privé ne s’arrête pas aux fondations.

Une association peut également solliciter directement des particuliers, selon différentes approches. On peut notamment distinguer le mass fundraising, qui vise à mobiliser un grand nombre de donateur·rices autour d’une cause, et la recherche de major donors, qui consiste à développer une relation avec des personnes susceptibles de réaliser des dons plus importants. Dans tous les cas, une des questions centrales à se poser est :

« Pourquoi une personne aurait-elle envie de soutenir votre association ? »

La cause compte, bien sûr. Mais la clarté du projet, son impact, la confiance, la capacité à raconter ce que le soutien permettra concrètement de réaliser et la relation entretenue avec les donateur·rices jouent également un rôle important.

C. ET L'AVANTAGE FISCAL ?

Pour certaines associations, les dons peuvent ouvrir droit à une réduction d’impôt pour le donateur ou la donatrice, à condition que l’association soit agréée et que les conditions prévues par la réglementation soient respectées.

Actuellement, les dons en argent d’au moins 40 € par année civile et par institution peuvent, sous conditions, donner droit à une réduction d’impôt de 30 % du montant du don. Mais toutes les ASBL ne disposent cependant pas de cet agrément.

Pour pallier à cela, il existe notamment le Fonds des Amis de la Fondation Roi Baudouin, qui permet, sous certaines conditions, à des organisations qui ne peuvent pas délivrer elles-mêmes d’attestation fiscale de récolter des dons pour un projet déterminé via un fonds géré par la Fondation. Une piste qui peut donc être intéressante à explorer pour les associations souhaitant développer leur fundraising auprès de particuliers.

 

3. LE MECENAT D'ENTREPRISE

Autre piste : se tourner vers le monde économique.

Le mécénat d’entreprise peut prendre différentes formes :

  • un soutien financier ;
  • un don ou une mise à disposition de produits ou de matériel ;
  • un apport de compétences ou de temps par des professionnel·les.

Le mécénat peut ainsi apporter plus que de l’argent : des compétences, du matériel, des ressources humaines, de la visibilité ou l’accès à un réseau.

Mais attention à ne pas confondre mécénat et sponsoring. En Belgique, le mécénat ne bénéficie pas d’un cadre légal et fiscal spécifique et complet qui permettrait de régler uniformément toutes les situations. La distinction entre don, mécénat et sponsoring dépend notamment de la nature du soutien et des éventuelles contreparties prévues. Promethea souligne d’ailleurs cette zone grise et plaide pour un cadre plus clair.

Dans la pratique, une relation avec une entreprise doit donc être clairement définie : qui apporte quoi ? Pour quel projet ? Pendant combien de temps ? Quelles sont les éventuelles contreparties ? Comment la collaboration sera-t-elle valorisée ?

Une convention de partenariat permet notamment de formaliser les engagements de chacun. 

Et surtout, chercher un mécène ne signifie pas simplement envoyer une demande de financement à une entreprise. Il faut réfléchir à ce qui peut créer une rencontre entre les intérêts de l’entreprise et ceux du projet associatif, sans perdre de vue l’identité et la mission de l’ASBL.

 

4. LE CROWDFUNDING : FINANCER ET MOBILISER

Le crowdfunding, ou financement participatif, repose sur un principe simple : une association présente un projet sur une plateforme, fixe un objectif financier et mobilise une communauté pour contribuer à sa réalisation.

Selon le modèle choisi, les contributions peuvent prendre différentes formes, notamment des dons ou des contributions assorties de contreparties. Mais le crowdfunding ne se résume pas à mettre un projet en ligne et à attendre que les contributions arrivent. Une campagne demande généralement de la préparation, de la communication et une véritable mobilisation. Il faut pouvoir expliquer :

  • quel est le projet ;
  • pourquoi il est nécessaire ;
  • ce que les contributions permettront de réaliser ;
  • pourquoi il est intéressant de soutenir le projet ;
  • et comment chacun·e peut contribuer ou relayer la campagne.

Le crowdfunding présente un avantage intéressant : il peut permettre de tester l’intérêt autour d’un projet, faire connaître une initiative, mobiliser une communauté et toucher différents types de contributeur·rices : citoyen·nes, entreprises, proches, sympathisant·es…

C’est donc à la fois un outil de financement et un outil de mobilisation.

Mais cette mobilisation a un coût en temps et en énergie. Une campagne demande une stratégie de communication, une coordination et une animation régulière. Avant de se lancer, il est donc utile de se demander si l’association dispose des ressources nécessaires pour faire vivre la campagne.

 

5. ALORS, QUELLE PISTE CHOISIR ?

Il n’existe pas de solution unique.

Un même projet peut parfois être financé par plusieurs leviers complémentaires : une partie grâce à des recettes propres, une autre grâce à une fondation, un mécène ou une campagne de crowdfunding.

Le choix dépend notamment :

  • du type de projet ;
  • du montant recherché ;
  • de la durée du besoin ;
  • du public que l’on souhaite mobiliser ;
  • du réseau dont dispose déjà l’association ;
  • de ses capacités humaines et de communication.

La diversification des financements commence donc rarement par la question :

« Où trouver de l’argent ? »

Elle commence plutôt par :

« De quoi avons-nous besoin, quel projet voulons-nous développer et qui pourrait avoir envie de contribuer à sa réalisation ? »

 

6. UNE DES CLES : LE RESEAU

Les alternatives aux subsides publics ne sont pas uniquement des mécanismes financiers.

Elles peuvent aussi permettre à une association de faire connaître son projet, développer de nouvelles relations, mobiliser sa communauté, rencontrer des entreprises ou créer de nouveaux liens avec des personnes qui souhaitent soutenir une cause.

Il n’existe pas de financement miracle. En revanche, il existe plusieurs leviers à explorer, à condition de choisir celui qui correspond réellement à son projet et à ses capacités.

Et parfois, le premier pas est très simple : regarder autour de soi, identifier qui pourrait être intéressé par son projet… et oser prendre un premier contact.

 

Contenu enrichi à partir des interventions d’Elisa Pirotte (Prométhéa), Yves Dario (Fondation Roi Baudouin) et Sylvie Colin, dans le cadre de l’Assoréso du 24 septembre 2026 donnée à la MDA de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Références complémentaires : Code des sociétés et des associations (loi du 23 mars 2019) ; SPF Justice ; SPF Finances ; Fédération belge des fondations philanthropiques ; Prométhéa ; Fondation Roi Baudouin.